Les traductions du canon

« La traduction est, au mieux, un écho. »

— (George Henry Borrow, Bohêmes et Gypsies, ch. 25.)

Traduire c’est nécessairement trahir.

 

Sachez que si vous lisez les aventures de Sherlock Holmes simplement pour le plaisir, vous découvrirez la même intrigue et le même coupable que dans la version anglaise.

 

Vous voilà rassuré !

 

C’est évidemment dans les détails que le diable se cache...

L’oie qui voulait être une dinde

 

Quand Catherine Richard, la traductrice de l’édition du Masque, remplace une oie par une dinde dans l’aventure de l’escarboucle bleue, ce sont les ornithologues holmésiens qui risquent de perdre des plumes ! Le simple lecteur s’étonnera juste de voir apparaître une oie au menu du repas de Noël victorien dans les adaptations (plus fidèles) à l’écran. Sans compter que l’on gave rarement les dindes…

L’or est une couleur locale

 

Un pasticheur qui lit la traduction d’Un Scandale en Bohême de Jeanne de Polignac comtesse d'Oilliamson (l’une des plus courantes encore aujourd’hui), risque de faire pendouiller un « louis d'or » à l'extrémité de la chaîne de montre du grand détective en lieu et place du Souverain or canonique.

 

Car voyez-vous, la traductrice a fait ce choix malheureux de convertir toutes les monnaies locales en monnaies françaises, sans même préciser de taux de change !

Les numismates désireux d'étudier la monnaie dans le canon passeront leur chemin. Le lecteur occasionnel perdra la couleur (en même temps que la monnaie) locale.

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Communément appelé Louis d’or, le Napoléon 20 Francs Or a été créé le 28 mars 1803 sur ordre du premier Consul Napoléon Bonaparte. Sous la troisième république, la pièce de 1891 présente une victoire ailée côté face. Irène Adler avait-elle des Louis républicains dans ses poches ?

Le Souverain or est une pièce britannique dont la valeur nominale était d’une livre sterling. En 1891, son côté face arbore encore le portrait du « jubilée » de la reine victoria. En France comme en Grande-Bretagne, les pièces d’or disparaissent de la circulation en 1914.

L’étrange affaire du gazogène qui s’envole

 

Reconstituer le décor de l’appartement du 221b Baker Street se révèle également particulièrement périlleux à partir des traductions françaises. Dans la version en anglais d’Un Scandale en Bohême le lecteur apprend par exemple qu’un « gazogène » est posé à côté des bouteilles de spiritueux. L’objet s’est volatilisé dans bon nombre de traductions francophones et risque d’échapper au passionné en quête d’objets authentiques pour décorer sa réplique du 221b.

Les trois niveaux de lecture

 

Vous l’aurez compris, il y a trois niveaux de lecture des aventures de Sherlock Holmes : le divertissement, l’inspiration (pour écrire un pastiche ou une parodie) et l’étude érudite. 


Pas de traduction fidèle


De leur côté, les traducteurs prennent (toujours) des libertés avec le texte d’origine. Car ils préfèrent rendre le sens global du texte plutôt que de traduire mot pour mot (traduction littérale). Il n’existe de ce point de vue aucune traduction « fidèle » des aventures de Sherlock Holmes.

En conclusion

 

Nous vous conseillons donc de toujours vérifier la version anglaise officielle si vous souhaitez réaliser une étude savante sur le texte. Et accessoirement, de mentionner l’édition et le traducteur de la version française que vous avez consultée. De même, si vous souhaitez ajouter une touche d’authenticité à votre création littéraire, inspirez-vous uniquement de détail tirés de la version anglaise officielle, jamais d’une traduction française du canon. Enfin, si vous plongez dans les aventures de Sherlock Holmes pour vous divertir, soyez conscient que vous ne lisez qu’un écho de l’œuvre originale…